Édito du président

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A l’épreuve de la théorie du CHAOS

 Selon la théorie scientifique du CHAOS encore connue sous la métaphore de l’effet papillon, un changement infime suffirait à modifier en profondeur l’équilibre d’un système qui semblait acquis, comme le battement d’aile d’un papillon aurait la faculté de provoquer une tornade.

Sans aller plus loin dans la comparaison, on peut sans se tromper affirmer que les fondations historiques de la profession de commissaire aux comptes sont aujourd’hui à la merci d’un trait de plume d’un gouvernement réformateur qui veut, sans sourciller, remonter nos seuils d’intervention à 8 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Lors de nos dernières Assises Nationales le 21 novembre dernier, la ministre de la Justice Nicole BELLOUBET donnait le ton en déclarant que « le statu quo n’était pas possible ».

La suite du calendrier politique jusqu’à ce jour n’a fait que confirmer la menace :

  • Rapport d’évaluation « à charge » de l’Inspection Générale des Finances sur notre mission dans les PE ;
  • Maintien de la position inflexible du gouvernement retranscrite dans l’article 9 du projet de loi PACTE, et ce, malgré l’énergie incroyable déployée par la CNCC et l’ensemble de vos élus CRCC pour faire entendre, toujours et encore, nos arguments ;
  • Méthode imposée laissant peu de place à la concertation.

A l’heure où j’écris ces lignes, le train de la Réforme est malheureusement en marche et il nous faut maintenant compter sur les propositions issues du rapport de la Commission DE CAMBOURG qui vient de nous être communiqué ainsi que sur le débat parlementaire à venir pour obtenir des amendements au projet de loi que nous continuons d’appeler de nos vœux.

 

Une mobilisation de votre institution à la hauteur de l’enjeu

 A situation exceptionnelle, mobilisation exceptionnelle !

L’urgence du combat politique a cristallisé l’essentiel de nos forces, reléguant au second plan d’autres sujets d’importance comme ceux d’une mise en œuvre harmonieuse de la Réforme Européenne de l’Audit et d’une coopération plus équilibrée avec le H3C pour lesquelles il y a encore à dire et à faire.

La CNCC et l’ensemble des CRCC ont engagé tous leurs efforts pour défendre au mieux notre avenir.

La mobilisation a porté sur plusieurs axes :

  • Rencontre du plus grand nombre de décideurs avec l’appui de lobbyistes dans les sphères politique, économique et judiciaire ;
  • Communication sur nos territoires au moyen d’un maximum de médias ;
  • Contribution au débat sur le fond de la Réforme en formulant l’ensemble des propositions pour un Audit performant et adapté à la transformation de notre économie.

Notre Président National Jean BOUQUOT vous a tenu régulièrement informé des actions menées par la CNCC et pourra vous dresser un état des lieux précis de la situation lors de son intervention.

Au niveau de la CRCC de RENNES, vos élus se sont employé sans relâche -avec l’appui de consœurs et confrères non élus que je tiens à remercier- à mener au mieux toutes les actions que nous avons jugé utiles.

Point d’orgue de cette mobilisation : notre manifestation du 17 mai à Nantes où nous étions près de 400 professionnels à défendre nos valeurs.

 

Le temps de la REFONDATION                                                                                                                        

Comme je ne veux céder ni au fatalisme ni au pessimisme, permettez-moi de partager avec vous les raisons qui me poussent à garder confiance et, si j’ose dire, les quelques vertus que je vois malgré tout dans cette période que j’ai qualifiée de CHAOS.

J’en distingue au moins 3 :

Premièrement, ce combat pour notre survie nous a obligé, et nous oblige encore, à nous réinterroger individuellement et collectivement sur le sens même de notre mission et notre place dans l’économie. Quel est notre WHY ou raison d’être, comme disent les consultants en stratégie ? Dans mon rapport moral de l’an dernier, je pointais du doigt notre difficulté de plus en plus grande à exister entre les impératifs de la règle et les besoins du marché ; j’appelais à une nécessaire clarification. Cette introspection de toute une profession enrichie de très nombreuses publications au cours des derniers mois, nous donne une occasion unique de proposer une VISION plus forte du métier d’auditeur ;

 Deuxièmement, nécessité faisant loi, nous avons fait en quelques mois un pas de géant dans l’art de la communication, exercice indispensable auquel nous étions peu rompus et qui n’est pas étranger au déficit d’image qui nous a été renvoyé lors de notre tour de France et des régions. Nous avons compris que la légitimité de nos expertises n’est plus suffisante aujourd’hui et que nous devons y adjoindre des qualités de communication et de pédagogie pour convaincre notre environnement mais aussi attirer les jeunes. Cet axe doit être poursuivi et renforcé car vivre entre nous-mêmes ne suffit pas et je crois intimement qu’une profession comme la nôtre doit plus contribuer au débat public au service de l’économie.

Troisièmement, nous osons à présent dire tout haut ce que nous pensions tout bas depuis longtemps, à savoir que la pression normative grandissante est devenue un frein à notre épanouissement, à celui de nos collaborateurs et de l’avis de beaucoup un anachronisme dans une époque éprise de liberté. Sur cet aspect-là aussi, le débat actuel a permis de soulever une chape de plomb et nous donne une opportunité formidable de proposer de nouvelles façons de travailler, en intégrant la puissance du digital tout en restaurant la place de l’humain au cœur du processus.

Alors oui nous crions tous à l’injustice et à la brutalité du projet de loi PACTE.

Mais c’est aussi dans ce moment de vérité pour notre profession que nous devons trouver les ressorts et la force pour une REFONDATION.

Le COMBAT continue…

 

 

Gilles BLANCHARD, Président